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KAËLE ANNECY-LÉMAN • Samedi 26 Juillet 2014 • 15h10
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KAËLE ANNECY - LÉMAN
N°111 - Juin 2014
France 2,50 €  -  Suisse 4,50 FS

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Cahier Vins

 
Dominique Belluard L’irréductible d’Ayse

Dans cette vallée de l’Arve réputée pour ses usines et son trafic autoroutier, il est un vigneron qui se bat pour la pérennité du vignoble. Ses armes ? Un cépage unique au monde cultivé dans le respect du fruit et du terroir.

Sa silhouette longue et sèche se découpe sur ses vignes et au loin sur le Grand Bargis. Les mains sont celles d’un travailleur de la terre et les yeux cernés, ceux d’un homme fatigué par sa journée de labeur. Une pluie d’été vient de tomber et la nature exhale des odeurs lourdes et enivrantes. Un merle se pose sur un sarment, dans le bec, un verre de terre frémissant. Dominique Belluard est ici chez lui, dans cet horizon barré par les montagnes, dans cette vallée traversée par les alluvions, dans ce vignoble hérité du grand-père. Il y est né un dix-sept janvier de l’année 66. À lui seul, il cultive plus de la moitié des vignes de gringet, ce cépage endémique que l’on ne trouve nulle part ailleurs dans le monde. Un temps apparenté au savagnin, les ampélographes s’accordent désormais sur l’originalité du cépage. Ronde, peu découpée, sa feuille est reconnaissable entre toutes. Autre particularité, la fine échancrure du sinus pétiolaire, comme une discrète marque du destin. En 2013, ils ne sont que douze viticulteurs* sur les communes de Bonneville, Marignier et Ayse à produire à partir du gringet (au moins 50 % de l’encépagement) sous l’AOC Vin de Savoie dénomination Ayze (vin tranquille et vin mousseux). La famille Belluard, originaire de Menthon-Saint-Bernard, s’est installée à Ayse après la Seconde Guerre mondiale. François d’abord, puis Albert et aujourd’hui Dominique, trois générations se sont succédées sur le domaine. Avec ses dix hectares, le vigneron exploite la plus grande superficie des dix-huit hectares que compte l’appellation. Pour autant il n’en est pas le propriétaire exclusif. Le domaine est morcelé en plusieurs parcelles qui sont louées par d’autres propriétaires, à commencer par ses trois frères qui ont hérité d’une terre dont la valeur principale est sa richesse de travail. Patrick l’aîné a d’ailleurs travaillé avec son cadet pendant près de vingt ans.

2013, MILLÉSIME COMPLIQUÉ
Pour l’heure, les yeux du vigneron laissent paraître l’inquiétude. C’est peu dire que la saison n’a pas été bonne et en ce mois de juillet, malgré le beau qui semble s’installer, rien ne peut garantir des vendanges satisfaisantes. La grêle, les orages, un ensoleillement insuffisant, et toute une production se trouve pénalisée. « On vendangera avec trois semaines de retard » prévoit Dominique Belluard, « C’est un millésime compliqué, peut-être le pire que j’ai jamais vécu. » Tout va se jouer en août et septembre, période durant laquelle les maturités du raisin devront évoluer pour donner le meilleur sous le contrôle assidu du vigneron. Bien qu’acclimaté à la région, le cépage gringet n’en reste pas moins sensible au manque de lumière et aux pluies abondantes. Les fortes chaleurs et les nuits fraîches martyrisent pour le meilleur la vigne qui aime les écarts de température, mais la lumière qui décline ne favorise pas les maturations. Le retard pris cette année demande d’ajuster la date de la récolte, choix essentiel à l’élaboration d’un vin de qualité. « La nature est parfois généreuse et peut parvenir à compenser le retard. » tente-t-il de se rassurer ? Tous les jours, il côtoie la nature qu’il essaie de respecter selon ses moyens et ses ambitions. Être vigneron, c’est travailler avec le vivant, une matière qui ne se laisse pas contrôler sans conséquences. « Que se passe-t-il si l’on utilise une molécule chimique à la place d’une molécule naturelle ? » questionne le viticulteur-œnologue diplômé du lycée viticole de Beaune. En 2001, il a fait le choix de la biodynamie « aussi bien pour la vigne que pour moi », dit-il, soucieux de sa santé et de l’environnement. Six hectares du domaine sont cultivés en biodynamie, insuffisant pour remplir le cahier des charges de la certification. « Les quatre hectares restants ne sont pas mécanisables, les coûts de production augmenteraient si je les exploitais uniquement en bio » explique-t-il, tiraillé. « Amener le raisin dans la bouteille en Haute-Savoie s’avère parfois plus compliqué que dans le Bordelais » ajoute le chef d’entreprise en quête d’équilibre. C’est aussi une course contre la montre qui se joue dans cette vallée où les terres jadis cultivées ont été vendues à l’industrie et à la promotion immobilière. À deux pas de ses vignes où poussent les herbes folles, il revendique un terroir « où se développe la biodiversité. » Ici, on ne pousse pas au rendement : entre 30 et 40 hectolitres par hectare pour les vins tranquilles, et 45 à 60 hectolitres par hectare pour les effervescents. « L’appellation m’autoriserait à aller jusqu’à 67 hl/ha pour les vins tranquilles et 75 hl/ha pour les bulles. » tient-il à souligner. « J’aimerais faire du 100% bio. Si j’arrivais à revaloriser mon produit, peut-être y parviendrais-je mais tous les vins dépasseraient alors les 20 euros. » Et le vigneron d’Ayse sait le chemin qu’il reste à parcourir pour redorer le blason à l’échelle nationale d’une appellation qui a souffert de grands écarts qualitatifs… Avec le même état d’esprit, il modère les doses de sulfites* employées pour conserver ses vins blancs instables par nature, soit d’après lui, 25 à 30 mg de SO2 (non vérifié) par litre quand la législation l’autorise à en utiliser 210 mg par litre. [...] © Kaele

Retrouver l'intégralité de l'article dans le magazine Kaële, n°103, septembre 2013

Kaële Magazine n° 103

 Edité le Dimanche 8 Septembre 2013 Imprimer 




Kaele Magazine n° 103 Septembre 2013

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